11, Henrietta Street - 2007

 

"Margaret Platt, 79 ans, coupa la natte de 78 pieds de long, de sa fille Ursula, 43 ans, par une belle après - midi d'été" 

News of the World, Dimanche 14 Mars 1872 

 

Qu’est-ce qu’un fait divers ? Surtout, qu’est-ce que la presse nous révèle du fait-divers ? Une brève, une image sanglante, un chapeau de titre. Le fameux tabloïd anglais News of the World, dès la première moitié du XIXe siècle et jusqu’à aujourd’hui, est un des spécialistes du genre. À partir de cette histoire inventée – en 1872, une mère possessive, castratrice, décide de couper la natte de 78 pieds de long de sa fille – j’ai voulu mettre en scène différentes étapes de ce drame invraisemblable, tel que la presse aurait pu nous les livrer. J’ai repris l’esthétique des portraits de famille de l’époque tout en accumulant dans l’image des détails qui sont les indices permettant d’imaginer l’histoire.

La littérature et le théâtre de l’époque Victorienne proposent des ambiances où se mêlent réalisme et fantastique. Le personnage de Mme Havisham des Grandes Espérances de Dickens, éternelle recluse, vit dans l’obscurité de son salon après l’affreuse humiliation du mariage annulé par son futur mari. Portant en permanence sa robe de mariée au milieu du repas de noce, de la pièce montée et des chandeliers, ce personnage m’a particulièrement inspirée pour créer ceux de ma série. Il se trouve que Dickens a puisé dans un fait divers et que Mme Havisham existait vraiment, habitait à Dublin près du Stephen Green’s Park.

L’héroïne à la tresse (Ursula), l’aînée d’une fratrie de 3 filles, est cloîtrée dans la maison familiale, surveillée, dominée par sa mère (Margaret) toute puissante, à l’image de cette époque rigide née de la première révolution industrielle, étouffant dans son puritanisme bourgeois.

Ainsi, 11, Henrietta Street, a pour trame ce temps immobile, lent et lourd d’une tresse qui pousse à l’infini et pour acmé la mère coupant la tresse…

  

Cette série a  été réalisée dans le cadre d'une résidence en 2006-2007 au Musée d'Art Moderne de Dublin. Henrietta street où ont été prises les photographies, est une des rues les plus anciennes de la ville. Je remercie la famille Casey et Marina Mitrovic.